J’ai attendu fin 2022 pour passer à la liseuse numérique pour lire des livres. Je suis pourtant ce qu’on pourrait qualifier de « geek« , j’utilise volontiers la technologie là où elle peut m’apporter des économies, de la facilité, de l’efficacité (même si j’utilise toujours un agenda papier et que je me vois mal l’abandonner dans les années à venir).
J’ai longtemps eu l’impression que lire des livres papier était plus écologique, minimaliste, meilleur pour le budget (clique sur le lien pour voir mon article de l’époque)… mais j’ai commencé à questionner mes habitudes de consommation ces derniers mois pour finalement changer d’avis sur la question. Dans cet article, je détricote mes réflexions sur la question et la raison de mon changement récent.
Lire des livres papier
J’achetais mes livres d’une façon qui me semblait optimale par rapport à mes valeurs (minimalisme, écologie, éthique…), c’est-à-dire quasiment toujours de seconde main. Mes seules entorses étaient les titres que je voulais absolument lire et que je ne trouvais pas d’occasion, et mes rares passages dans des salons littéraires (pour rémunérer des auteur·rices avec moins de visibilité et de ventes).
Le problème, c’est que je n’ai pas beaucoup de magasins de livres de seconde main près de chez moi, et qu’en magasin on ne trouve pas toujours le titre qu’on cherche (et d’expérience, quand je flânais dans ce type de magasin, je revenais avec des titres achetés sur un coup de tête, donc que je n’allais peut-être jamais lire).
J’expérimentais le même problème avec la bibliothèque, qui était pourtant la solution que j’aurais voulu privilégier. J’ai une liste de livres que j’ai vraiment envie de lire, pour lesquels j’ai pris le temps de chercher des informations, lire des reviews, etc., mais ils se trouvent rarement à la bibliothèque de ma ville (voilà l’autre problème : elle est en plein centre ville, je n’ai pas envie d’y aller, je dois prendre la voiture…).
Résultat, ces dernières années, j’ai acheté quasiment tous mes livres sur Vinted. Ca me semblait être un bon compromis puisque j’achetais des livres d’occasion (super pour l’écologie) et que je les revendais via le même site une fois lus (super pour le budget et le minimalisme).
Ces derniers temps, j’ai commencé à me questionner sur les kilomètres parcourus par les colis (um, peut-être pas super pour l’écologie en fait) et au temps consacré à chercher les livres au bon prix pour que ce soit rentable par rapport à un livre neuf (quand j’arrive à trouver le livre tout court), mais surtout à remettre les livres en vente, les expédier, gérer les communications… (pas super pour le minimalisme mental) et finalement au prix auquel j’arrive à revendre les livres (généralement pas beaucoup, surtout que j’essaie de ne jamais rien vendre sous les 5 € sur Vinted pour me donner bonne conscience par rapport au transport des colis, alors que beaucoup de gens cherchent des articles à 1 ou 2 € sur le site…).
Bref, mes arguments de base concernant l’écologie n’étaient plus si convaincants que ça et ça commençait à devenir contraignant finalement.
La tablette ou liseuse numérique
Le prix des livres électroniques a bien diminué ces dernière années. Quand leur prix était quasiment égal à celui du livre papier neuf, je préférais acheter le livre papier pour le revendre ensuite. Pour être honnête, la baisse des prix a grandement influencé ma décision.
Je suis moi-même autrice et d’expérience (autant en tant qu’autrice publiée par une maison d’édition et concernant mes livres auto-édités), les livres numériques, malgré leur prix plus bas, rapportent autant, si pas plus, à l’auteur·rice qu’une vente de livre papier ! Donc niveau éthique, c’est validé.
Il faut savoir également que les livres papiers de la plupart des maisons d’édition, c’est comme la fast-fashion : ils sont produits en grands tirages, et les invendus sont mis au pilon (c’est-à-dire détruits) car ça revient moins cher que de gérer la logistique de les récupérer auprès des revendeurs et d’essayer d’en faire quelque chose (et les revendeurs n’ont pas le droit de les liquider la plupart du temps car il y a une politique de prix unique du livre). Certains éditeurs, comme L’Alchimiste, font de l’impression à la demande, mais c’est difficile de se positionner face aux gros éditeurs qui peuvent imprimer et détruire sans remords sur le livre papier (alors qu’avec le livre numérique, tout le monde est sur le même pied car plus indépendant).
Enfin, niveau minimalisme, c’est évidemment la meilleure solution. La liseuse est minuscule (et si tu as déjà une tablette, tu peux également juste installer une application dessus pour lire tes livres, idem sur un PC ou smartphone) mais tu peux garder ta bibliothèque complète dessus. Tu choisis les livres que tu télécharges et ceux qui sont juste dans ta biblio, prêts à être installés au besoin. Ca veut dire que tu peux garder des livres de référence pendant des années sans que cela t’encombre, et le retélécharger le jour où tu en as besoin. Tu peux également supprimer définitivement tout livre que tu ne souhaites plus jamais relire (je dis ça pour les maniaques comme moi 👀).
Tu peux également choisir une formule abonnement sur certaines plateformes et avoir accès à des centaines ou milliers de livres avec un tarif mensuel fixe. Autre atout : sur certaines plateformes (comme Kindle), tu peux t’envoyer un extrait du livre que tu convoites pour lire le début et l’acheter seulement si tu accroches. Ca évite de s’encombrer de bouquins que tu ne finis pas et de culpabiliser à propos d’un mauvais achat (je dis ça pour les liseuses.eurs difficiles comme moi 👀).
Ca m’aide beaucoup à éviter d’acheter des livres, les empiler dans ma bibliothèque et ne plus avoir envie de les lire quelques mois plus tard : il y a très peu de chances qu’un e-book ne soit plus disponible au moment où on voudra le lire, on peut donc l’acheter quand on a le temps et l’envie de le commencer au lieu d’essayer d’anticiper ses envies futures.
Autre astuce si tu peux lire en plusieurs langues : il y a parfois de grosses différences de prix entre différentes langues d’un même livre, mais avec les livres numériques, c’est aussi facile de se procurer le livre dans ta langue maternelle que dans n’importe quelle autre (ce qui n’est pas le cas des livres papier généralement).
Le meilleur des deux mondes
Pour résumer :
- Budget : La plupart du temps, les e-books sont moins chers que leur équivalent papier. Cela compense l’argent que tu aurais potentiellement pu récupérer en revendant le livre. Si c’est possible pour toi, tu peux parfois lire le livre dans une autre langue pour le trouver moins cher. La seule solution qui est indétrônable niveau prix, c’est la bibliothèque publique, mais cela signifie souvent ne pas avoir le choix des titres que tu peux lire.
- Minimalisme : La liseuse est indétrônable (sauf par la bibliothèque, mais voir remarque ci-dessus), plus besoin d’étagère chez toi, tu peux garder des titres pendant aussi longtemps que tu le veux sans que ça t’encombre.
- Ethique : La liseuse évite la mise au pilon de livres papier. Tu peux plus facilement acheter directement chez l’auteur·rice ou sa maison d’édition (= tu rémunères l’auteur·rice, contrairement à l’achat d’occasion).
- Ecologie : Même si les livres numériques doivent être stockés quelque part de manière centralisée, il s’agit de fichiers très légers et la responsabilité est plutôt dans les mains des maisons d’édition et auteur·rices de ne pas profiter de cette facilité pour publier « nimporte quoi ». Pas de transports, pas de fabrication pour les livres (pas d’utilisation d’énergie et de consommables). Le seule point d’attention est la tablette en elle-même : comme tout matériel informatique, elle consomme des matériaux rares ainsi que des matières difficilement recyclables, on la choisira donc durable, consciencieusement, et on évitera d’en changer tous les ans (et on pensera à la recycler comme il se doit car certains matériaux rares peuvent être réutilisés !).
Heureusement, on n’est pas obligé de choisir une seule solution et de laisser tomber toutes les autres ! Comme pour tout, je pense qu’on peut développer les meilleurs habitudes de consommation en utilisant les différentes solutions de manière situationnelles : selon tes besoins et selon tes opportunités.
Je n’hésiterais pas à chercher sur Vinted un livre en particulier si je veux me le procurer en papier ou que je n’ai pas d’alternative numérique, mais je vais quand même grandement réduire ma consommation via ce canal pour diminuer les transports de colis. Je ne compte pas utiliser ma tablette pour lire des manga par exemple, j’essaierai donc de les trouver d’occasion mais toujours en achetant des lots et pas des tomes à l’unité (ça me semble plus raisonnable pour rentabiliser le transports de colis). Et si j’ai la chance d’avoir une bonne bibliothèque accessible quand je déménagerai, j’en profiterai !
Et toi, comment tu lis ?
Réflexion intéressante ! C’est un thème qui me tient à coeur et sur lequel je n’arrive vraiment pas à trancher depuis 10 ans (depuis que j’ai acquis ma première liseuse).
Points positifs pour moi en faveur de la liseuse : l’éclairage intégré (et doux pour les yeux), la possibilité d’augmenter la police, la possibilité de trouver les livres en anglais (comme tu l’as signalé) à de bons prix…
Un avantage énorme aussi, c’est d’éviter le FOMO (Fear Of Missing Out), avec des livres qu’on doit acheter maintenant, dans la bonne collection qui va bien sur l’étagère, parce qu’ils seront épuisés après un an ou deux, même si on n’a pas l’intention de les lire tout de suite. Comme avec tout contenu téléchargeable, on a du coup la possiblité d’attendre le moment où on achète pour utiliser immédiatement, et non plus acheter pour plus tard.
Personnellement, cet aspect diminue grandement ma charge mentale et mes dépenses. Je l’applique et en profite beaucoup dans le domaine des jeux vidéo par exemple.
Parmi les points négatifs, le dématérialisé, c’est souvent synonyme de consommation rapide. On a accès à beaucoup de choses et on peut très vite passer d’un objet à l’autre. Par conséquent on passe parfois à côté de choses qui demandent un petit effort de persévérance pour montrer tout leur potentiel. Et avec le dématérialisé, j’ai aussi tendance à oublier ce qui m’a plu, puisqu’au contraire d’un livre ou un cd qu’on a devant les yeux dans une bibliothèque et qu’on manipule régulièrement (repasser dedans, re-ranger, … ces gestes anodins qui font remonter des souvenirs), on a moins cet ancrage dans la réalité que peut apporter un objet physique. C’est particulièrement vrai pour moi avec un service comme Spotify (que j’aime beaucoup), mais j’ai la même chose pour les livres.
Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, j’achetais le livre physique et je lisais en version électronique. Mais maintenant, je me dis à quoi bon acheter le livre papier que je ne lirai de toute façon jamais car la police est minuscule et le livre pèse 1 kilo car l’éditeur a voulu le condenser au maximum (cfr les livres de poche à 600-1000 pages !)
Autres points plus mineurs : on n’a plus ces belles couvertures colorées, qui à elles seules font parfois déjà rêver. Et peut-être aussi, avoir une bibliothèque chez soi, je pense que c’est égalemnt plus facile pour attiser la curiosité d’un enfant et lui transmettre la passion de la lecture… Parfois c’est bête mais c’est une belle couverture ou un bel object qui peut intriguer et au final happer le futur lecteur.
En conclusion, dans mon cas, la liseuse est avant tout devenue incontournable pour son confort de lecture pour les yeux, j’ai énormément de mal à trouver les conditions de lecture idéales (luminosité, taille de la police) pour profiter d’un livre papier. Je n’en achète plus, mais j’aime toujours autant aller les découvrir, les prendre en main, les ouvrir, … dans des magasins comme la Fnac par exemple…
Toute cette problématique n’est pas encore un « no-brainer » pour moi comme j’aimerais qu’elle le soit pour diminuer la charge mentale et ne plus hésiter constamment ou être tenté (problème de luxe dans ce cas-ci, j’en conviens :-)).
Au plaisir d’en rediscuter 🙂
Merci beaucoup pour ce commentaire, il m’a fait découvrir des réflexions que je n’avais pas encore eues à ce sujet ! C’est vrai que le confort de lecture est incomparable, pouvoir lire dans une pièce mal éclairée (voire pas du tout éclairée) sans que cela soit pénible est vraiment génial. Par rapport à la réflexion sur le fait que les enfants ont moins l’occasion d’être intéressés par les livres s’ils ne les voient pas, je trouve ça très intéressant aussi, je n’avais pas pensé à ça.